
Courts Of Chaos Festival @ Plozevet
Avel Dro Hall – 17 & 18 mai 2024
Live Report & images par : Drummer Boy
Ce Fest de Metal se déroule tous les ans à Plozevet en Bretagne. Dans les méandres du circuit des festivals, il présente une caractéristique qui lui est propre, la programmation de groupes cultes et rares, aussi bien dans le domaine du Heavy traditionnel que de l’Extrême, mais pas que ! Il laisse également une large place à la scène Underground et aux jeunes talents. Suivez le guide…
Léo Brard (Scumslaught), The Evil pose !
Le petit frère de Pete Sandoval.
Le premier groupe à avoir foulé les planches répond au doux nom de Scumslaught. Ce trio Rennais nous ramène directement au début des années 80, à une époque où le Metal Extrême n’en était qu’à ses balbutiements. À l’écoute de ces morceaux bruts de fonderie, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec les débuts de Sodom et Venom, une époque que les spécialistes nommeront rétrospectivement « Proto Black/Death Metal ». Les tempos déboulent à fond la caisse. Le style est intrinsèquement brouillon mais paradoxalement totalement maîtrisé. Le jeu de batterie de Léo Brard se veut rapide, puissant, direct et sans compromis. Il est aussi doté d’un tempo solide. En bref, ça tient grave la route ! Ajoutez à cela des paroles naviguant entre sexe crade, blasphèmes et horreur. Tous les ingrédients sont réunis. On en redemande !
Avec Star Rider, on retrouve les vieilles « Vibes » 80’s. Les Grenoblois évoluent quelque part entre Hard Rock, Heavy et Speed Metal. Sur le papier, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Mais dans les faits, nous avons affaire à des musiciens impliqués à 200% délivrant au public une énergie communicative.
Lizzy Kicks (Star Rider), retour aux 70’s !
Lizzy Kicks est un jeune batteur qui a toutes les qualités inhérentes au style, à commencer par cette frappe dynamique, ce Charleston bien baveux et ces explosions de Crashes, le tout servi avec frénésie. À suivre de près !
Redhammer (Gravekult)
Gravekult a provoqué un gros Buzz dans l’Underground depuis la sortie chez Frozen Records de son premier album éponyme. Il faut dire que le groupe a trouvé une formule éclatante car bigrement efficace sur scène. Il puise son inspiration dans les prémices du Metal extrême et du Punk, une sorte de mixte entre Motörhead, Discharge, The Exploited, Venom et le Black ’n’ Roll façon Taake.
Redhammer (Gravekult), la révélation Black ‘n’ Roll !
Redhammer possède une frappe particulièrement énergique qu’il conservera tout au long du Show. Quelle endurance mes amis ! Nous décernons une mention spéciale à sa fulgurante frappe de caisse claire sur les tempos Speed. Le public est conquis !
David Dankert (Chapel Of Disease),
ou quand le Heavy et le Death se rejoignent.
Chapel Of Disease ! Tiens, un groupe dont le patronyme rappelle deux fameux titres de Morbid Angel, « Chapel Of Ghouls » et « Angel Of Disease ». Y aurait-il une filiation ? Plus tout à fait ! Ces Allemands originaires de Cologne ont effectivement commencé à jouer du Death. Mais ils ont rapidement évolué vers le Heavy et le Rock, tout en conservant leurs vieilles racines, à l’instar d’un Tribulation. Résultat des courses, un mélange original et accrocheur. On saluera l’ouverture d’esprit du quartet, aussi à l’aise sur les passages Rock ‘n’ Roll qu’atmosphériques et Extrêmes. Une belle découverte !
Blitzkrieg fait office de vétéran sur cette affiche 2024. Brian Ross, seul rescapé de la formation originelle (fondée en 1980), est considéré comme l’un des derniers pionniers encore en activité de la N.W.O.B.H.M. Notre chanteur est aujourd’hui entouré de jeunes musiciens, dont son fils Alan à la guitare et Matt Graham à la batterie.
Matt Graham (Blitzkrieg), la relève du Heavy Anglais est assurée !
On ne peut pas dire que le jeu de ce dernier soit exubérant. Il parait plutôt relaxe derrière son Kit. Mais il joue avec dynamisme et sait parfaitement gérer les transition rythmiques et autres changements de tempos dont la musique est truffée. Brian quant à lui reste à l’instar de son confrère Biff Byford (Saxon) un vocaliste hors pair qui a su conserver au fils des années son timbre et ses capacités vocales. Il montre ici un plaisir non dissimulé à échanger avec le public et n’hésite pas à faire une pause entre les morceaux pour raconter des tranches de vie. Bien entendu, le morceau que tout le monde attend est le cultissime « Blitzkrieg », édité sur le premier 45 tours du groupe en 1981, et popularisée par Metallica en 1984. C’est toujours un plaisir de voir la légende sur scène.
Michael Lewis (Helstar), vieux briscard et Roi du Heavy Speed !
Helstar est de la même génération que Blitzkrieg, mais il est originaire de Houston au Texas. De la formation originelle ne subsiste que James Rivera au chant et Larry Barragán à la guitare. Au menu, un Heavy Speed à tendance Progressive, fort en changements de tempos et en Breaks alambiqués. Ce genre de musique requiert un batteur solide maîtrisant les mesures asymétriques et autres transitions subtiles.
Michael Lewis (Helstar)
Sur ce point, Michael Lewis a toutes les qualités requises. Il s’impose véritablement comme la colonne vertébrale du groupe. Quant à James, il en a toujours sous le pied, mais comme tout chanteur vieillissant, il a quelque peu modifié son registre, son timbre étant désormais plus éraillé et ses capacités à aller dans les aigus étant amoindries. Pas de panique, il n’y a rien de catastrophique. Comme tout musicien intelligent conscient de son âge et de sa condition, il s’est simplement adapté à ses capacités actuelles. À noter que notre vocaliste, qui depuis sa plus tendre enfance est obnubilé par le mythe des vampires, apparaît sur scène avec d’impressionnantes canines et un costume d’un autre temps que n’aurait pas renié le conte Dracula. Sachez braves gens que selon ses propres dires, il est en fait âgé de 8000 ans ! Trop fort !
Passons à présent à Dionysiaque, un super groupe de Doom dont le chanteur n’est autre que Nathaniel Colas, bien connu des fans de Heavy Français puisqu’il a été le Leader de Résistance. Ceux qui ont vu ce dernier en Live se souviennent d’une bête de scène capable de tenir le public dans sa main. Eh bien c’est toujours le cas ! Musicalement, nous sommes assez proches de Candlemass, avec cette tendance à ne pas vouloir multiplier les passages lourdingues au profit de riffs mid-tempos fédérateurs.
Thomas « T.H. » Hagmann (Dionysiaque), hargne et détermination !
Le batteur Thomas Hagmann apparaît comme possédé, en transe ! Il frappe ses fûts avec une réelle intention et confère à l’ensemble tout le dynamisme requis. Le groupe vient à peine de sortir son premier album qui répond au nom de Diogonos. N’hésitez pas à y jeter une oreille !
Conviction fait aussi dans le Doom, avec une ambiance un peu plus funeste et pesante. Mais une fois qu’on s’est immergé dans la musique, il est facile de se laisser porter.
Rachid Trabelsi (Conviction)
Le batteur Rachid Trabelsi (également dans le groupe de Death/Thrash Corrosive Elements) brille par son approche des tempos ultra-lents. Derrière l’apparente simplicité du Doom se cache la difficulté de faire Groover des rythmes présentant de grands espaces entre les coups.
Rachid Trabelsi (Conviction), Doom Forever!
Rachid maîtrise parfaitement cet exercice. L’ensemble n’est pas sans rappeler les vieux albums de Cathedral (Forest Of Equilibrium, Statik Majik). Cette mythique formation Anglaise de Doom ayant déclaré forfait il y a maintenant onze ans, il émane de la prestation de Conviction un sentiment de nostalgie qui s’empare de votre serviteur. Il est Cool de constater que les groupes de la nouvelle génération n’ont pas oublié les vieilles racines. Avec Conviction, la relève est assurée !
Davide Itri (Bedsore), la révélation Death Prog’ !
Nous n’irons pas par quatre chemins, les Italiens de Bedsore se sont imposés comme LA révélation du festival. Le quartet pratique une sorte Death Progressif et atmosphérique. Intensité, émotion, virtuosité, sens prononcé de la mélodie, le tout étant empreint d’une délicieuse saveur 70’s, telles sont les caractéristiques de cette musique de haute volée. Un Show qui a littéralement embarqué l’auditoire.
Aaron Hay (Wytch Hazel), mais que fait cette baguette dans ma main ?
Les Anglais de Wytch Hazel sont incontestablement les Leaders de la nouvelle vague 70’s. Chacun de leurs concerts a le chic de nous ramener quarante-cinq ans en arrière. Ils ont cette aptitude à raviver l’esprit du vieux Hard Rock à tendance Psychédélique avec une étonnante authenticité.
Colin Hendra (Wytch Hazel), Old School et fier de l’être !
Le seul bémol est la voix du guitariste vocaliste et Leader Colin Hendra, plutôt basique voire monocorde et parfois fausse dans les graves. Instrumentalement parlant, la musique est un vrai plaisir pour les esgourdes. Mais pour que le tableau soit parfait, il faudrait que le groupe embauche un vrai chanteur. Voilà c’est dit…
The Ruins Of Beverast est une formation plutôt rare en Live, évoluant dans un registre Black Doom atmosphérique expérimental. Elle est en fait un « One Man Band » à l’initiative du chanteur et multi-instrumentiste Alexander Von Meilenwald. Notre homme s’est entouré pour l’occasion de musiciens de session, d’où le sentiment d’avoir affaire à des zicos pas très à l’aise, plus concentrés sur leur instrument que par leur prestation. Le public ne s’y trompe pas puisque l’affluence est loin d’être impressionnante. C’est dommage car les morceaux sont intrinsèquement bons et originaux.
John « JHN » Grumptmann (The Ruins Of Beverast),
un grand technicien au service d’un Death expérimental de haute volée.
Nous saluerons cependant le jeu du batteur John « JHN » Grumptmann, certes technique mais toujours pourvu d’une grande fluidité.
Enfin nous terminerons par une autre rareté, Tormentor, cette formation Hongroise née en 1985 menée par le grand Attila Csihar, qui profite de sa notoriété au sein de Mayhem pour redonner vie à son premier groupe.
Tormentor posant devant l’église de Plozevet.
Machat St. Zsoltar (Tormentor),
durant les balances et sans Corpse Paint.
Il parait moins méchant ainsi.
Le « Courts », c’est aussi une ambiance Cool et bon enfant, le genre de Fest « quasi-familiale » dans lequel on se sent bien. On y boit, on y mange des galettes au sarrasin et on y papote avec les potes jusqu’à plus soif. En bref, un havre de bien-être pour métalleux. Ajoutez à cela le Metal Market composé de disquaires très pointus dans leur domaine, et vous obtenez un tableau parfait ! N’hésitez pas à surveiller la programmation 2025 : www.courtsofchaos.fr